SAINTE FATIMA DE MOLEM

De Molem à Etterbeek
Marie Baudet – LA LIBRE BELGIQUE
Mis en ligne le 08/12/2010
Ben Hamidou en stand-up aussi drôle qu’émouvant : “Sainte Fatima de Molem”.
Un soir de neige, autour de la station Etangs noirs. Il faut arpenter une série de trottoirs mués en patinoire pour rejoindre la Maison des cultures et de la cohésion sociale de Molenbeek-Saint-Jean. Dans le hall majestueux et accueillant, les couleurs abondent. Dans la salle règne une douce obscurité. Rideau noir, tenue de même : c’est un one-man-show sans ostentation que propose l’acteur (l’imam des "Barons", c’était lui). "Sainte Fatima de Molem" a vu le jour en ce lieu, d’abord comme étape de travail, ensuite comme spectacle abouti, et a séduit le Théâtre Varia qui le présente désormais, dans la grande salle.
En attendant, à Molem, ça rigole et ça réagit, il y a de l’écho et de l’émotion. C’est que Ben - dans ce texte coécrit par Gennaro Pitisci, qui le met aussi en scène - raconte son parcours de gamin qui a grandi là, dans ce quartier en mutation, élevé par une grand-mère pas banale. Berbère, tatouée au henné, les cheveux oints à l’huile d’olive, le parler franc et imagé, le français parfois hésitant, l’attention de tous les instants. L’amour inconditionnel et, disons, envahissant. "Imagine, tu as dix ans, et tu traverses la cour de l’école avec Geronimo." C’est sûr, Ben Hamidou a le sens de la formule, l’instinct métaphorique. Pour autant son solo ne se résume jamais à une enfilade de bons mots. On y navigue, plutôt, entre l’hommage à cette femme imposante, étonnante, et l’observation assidue, fine et cocasse d’un milieu, d’un contexte qui ont évolué - du Sarma Nopri de jadis au supermarché d’aujourd’hui, par exemple.
Le stand-up, ce monologue comique dont se régalent les Anglo-Saxons, est rare sur nos scènes. Tous les ingrédients en sont ici réunis : l’adresse informelle au public, le quotidien considéré avec une bonne rasade de décalage, le détournement des clichés, l’utilisation des stéréotypes pour mieux les dynamiter. Ben Hamidou a la carrure qu’il faut et se frotte à ce genre avec talent et générosité, avec l’humilité aussi du ketje qui, à 19 ans, franchit le canal pour s’inscrire à l’Académie de Bruxelles - et mentir pour la première fois à sa grand-mère. Un acteur en puissance, pas près d’oublier Fatima.


Quand les Arabes font une scène
Catherine Makereel – LE SOIR
lundi 06 décembre 2010, 10:00
Stimulés par « Les Barons » au cinéma, les artistes d'origine maghrébine portent leurs projets personnels sur scène. Résultat : une avalanche de pièces et un bouillonnement de talents : Ben Hamidou, Hamadi, Jamila Drissi et bien d'autres. Des antidotes aux stéréotypes et au repli communautaire.
Il est des sujets qui posent des dilemmes. Ecrire sur cette vague d'artistes maghrébins qui, dans le sillage des Barons au cinéma, déferlent sur la scène avec leurs propres projets pour raconter leur histoire, leur culture, leur quartier, c'est mettre en lumière un phénomène qui en dit long sur une communauté largement ostracisée sur les planches des théâtres institutionnalisés. Mais, en mettant tous ces spectacles dans le même panier, ne participe-t-on pas à une certaine ghettoïsation ? N'est-ce pas contribuer à ce qu'eux-mêmes veulent éviter : le communautarisme artistique ?
Dans une Belgique métissée, quelque chose est en train de bouger que l'on se doit d'analyser. Bien sûr, les artistes d'origine maghrébine n'ont pas attendu le succès du film de Nabil Ben Yadir pour s'emparer de la scène avec des thèmes identitaires. Les monologues voilés par exemple ont fait fureur avec une pièce qui levait paradoxalement le voile sur l'intimité de femmes musulmanes. De son côté, Sam Touzani décrit depuis longtemps, en particulier avec son One Human Show, le tiraillement entre culture berbère d'origine et culture belge d'adoption. Il n'empêche que, si l'on scrute les spectacles à l'affiche en cette fin d'année, on constate non seulement une affluence record de pièces issues de la communauté maghrébine mais en plus, un engouement indéniable du public pour ces projets pourtant montés avec peu de moyens. Jugez donc : Sainte Fatima de Molem de Ben Hamidou ; Sans ailes et sans racines et Papa est en voyage de Hamadi ; La vie c'est comme un arbre de la troupe des Voyageurs sans bagages ; ou encore L'Insoumise ou Scarlett O'Hara au pied du terril de Jamila Drissi. Côté amateur, la pièce Le mariage de Laila, créée par une unité de scoutisme musulman, a fait chauffer le bouche à oreille tout au long de l'année et continue de se jouer.
« C'est sûr que Les Barons ont donné une impulsion, assure Ben Hamidou, lui qui jouait un mémorable imam croisé avec Rabbi Jacob dans ce film tourné à Molenbeek. Mais cette émergence tient aussi à un processus logique. De plus en plus de jeunes vont se bouger : ce ne sont plus des immigrés mais des gens nés en Belgique qui se dessinent leur propre espace culturel », souligne le comédien qui joue actuellement Sainte Fatima de Molem, seul en scène drôle et touchant en hommage à sa grand-mère, personnage haut en couleurs. Il y retrace son enfance à Molenbeek – Molem pour les intimes – « le seul pays arabe qui ne soit pas en guerre », plaisante-t-il dans un spectacle bourré d'autodérision. « C'est vrai que mes pièces parlent souvent de Molenbeek mais parce que c'est ce que je connais le mieux. A partir de là, je cherche toujours à aller vers l'universel. » En une heure et une dizaine de personnages, il dépeint cette grand-mère centenaire, ses tatouages de guerrière, son caractère de feu, ses cheveux à l'huile d'olive, et nous conte son propre parcours, la première excursion de l'autre côté du canal pour aller étudier l'art dramatique à l'académie. Il pointe aussi le poids des traditions, l'ingérence de la religion. Loin de glorifier une communauté, Ben Hamidou veut au contraire bâtir des ponts : « Toutes mes créations partent d'ici, de Molenbeek. Mais après, je les emmène ailleurs. Sainte Fatima par exemple va maintenant tourner au Varia, » remarque celui qui a aussi créé Gembloux avec Sam Touzani sur les tirailleurs marocains qui sont venus combattre chez nous, un spectacle produit par le KVS et sous-titré en flamand. Très impliqué avec les jeunes par le biais d'ateliers artistiques, l'auteur et comédien veut sortir son quartier de l'image négative d'émeutes ou de misère culturelle.
« C'est pas parce que c'est du local qu'on fait du théâtre tajine ou raï ! Il ne faut pas se leurrer : il y a ici une population socialement défavorisée qui ne met jamais les pieds au théâtre parce que ce qui s'y joue ne leur parle pas. Mais, dès qu'on parle de choses qu'ils connaissent, on arrive à les accrocher. On a fait un opéra ici, Safina, et la salle était bourrée, vivante, heureuse. »
Si Ben Hamidou se sent épanoui dans son métier d'acteur, il ne nie pas avoir rencontré certaines résistances.
« J'ai joué Lucien Cheval dans Le Dîner de Cons avec Daniel Hanssens. Je me souviens de ce directeur de théâtre qui m'a dit : C'est bien mais pourquoi avoir donné le rôle du contrôleur fiscal à un arabe ? » Là réside sans doute une autre explication aux projets personnels des artistes de la diaspora maghrébine : éviter d'être cantonnés aux rôles de racaille ou de terroristes. Ce que dénonce aussi Hamadi, auteur, conteur, mais aussi directeur de l'Espace Magh à Bruxelles.
« Il y a une fermeture réelle dans les institutions classiques. On ne se dit pas : Tiens, il y a un Britannicus, je vais appeler tel comédien de type arabe. En créant L'Insoumise, Jamila Drissi a trouvé son premier grand rôle, elle qui est obligée de travailler comme bibliothécaire parce qu'on ne lui offre que des rôles ethniques. Si vous saviez le nombre de comédiens que j'ai rencontrés, médiateurs sociaux ou éducateurs de rue en attendant d'exercer leur art. Ça me fait penser à cette interview de Bacri et Jaoui qui racontaient qu'étant pieds noirs, ils ne faisaient pas partie de la famille culturelle et ont été obligés de faire leurs propres trucs pour ensuite être accueillis dans tel ou tel lieu. Les mômes s'inventent des territoires parce qu'il n'y a rien d'autre, et ça marche parce qu'il y a des tonnes de talent. Mais attention, de là à parler du tout comme émanation artistique d'une communauté, c'est les enfermer. Il faut au contraire dire toute la diversité des trajectoires, des regards, des générations, des écritures. »
Sainte Fatima de Molem du 7 au 12 décembre au Théâtre Varia, Bruxelles. Tél. 02/640.82.58.


http://archives.lesoir.be/scenes-ils-creent-jouent-et-attirent-quand-les_t-20101206-015KVT.html?

ARTS ET LETTRES -Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique francophone
Petit billet de Molem.... rive gauche!

Sainte Fatima de Molem par Ben Hamidou, très beau spectacle
Molem : « Le seul pays arabe qui ne soit pas en guerre ! » Tout est humour et amour dans ce texte bienveillant pour tout le monde. Nous découvrons dans ce seul en scène la véritable sein-biose d’un kid de Molem qui a tout compris... avec sa grand-mère. Il est le petit prince, à jamais. Cette femme battante porte encore ses vêtements du désert, elle est tatouée de haut en bas pour dire son appartenance, son visage de sphinx tyrannique est tout amour jaloux et exclusif. Avec elle il a appris l’art de scène depuis la plus jeune enfance…. Ce plaisir de l’imaginaire le transcende et lui forge peu à peu une identité, une dignité, des choses à dire. « Une fois les rôles attribués, on coupait le son de la télé et on jouait ensemble les westerns façon berbère ! ».Ensuite il se laissait enivrer par les parfums d’une cuisine faite de recettes d’amour fou et de citrons confits.
Adolescent, il rêve d’embarquement pour les grands élans, recherche éperdument ce qui le rapprocherait de l’amour, mais les murs protecteurs dressés par l’auguste ancêtre sont presque infranchissables. Voici un chapelet savoureux de souvenirs d’enfance, tendres, très émouvants…et drôles, loin des errances des barons désœuvrés arpentant superbement les pavés de la rive gauche du canal!
Un premier mensonge, à 19 ans, lui ouvre enfin la porte de la liberté : l’école d’art dramatique. Il est doué, pour le mime, les imitations, le jeu corporel, il fait rire….il déborde de sensibilité. La vie et le spectacle se mêlent dans l’écriture, le voilà celui qui sur 300.0000 immigrants va saisir sa chance, toujours aussi tendre avec sa vieille Hanna mythique, son égérie, sa patrie, et il va réussir -pas - à la grâce de Dieu, mais par son assiduité, sa ténacité et le rêve qui l’habite.
Point de discours hostiles ou agressifs, c’est un bonheur pour l’occidental sans cesse culpabilisé… le jeu de l’humour fait mouche, la salle n’en peut plus d’applaudir et de rire, et l’acteur s’envole dans l’univers plein d’étoiles du plaisir de dire, de conter, de séduire et d’enchanter. Tandis que veille là-haut, la grand-mère, éternelle, pareille à elle-même, brillante sentinelle du bonheur. Un conte ?
Publié par deashelle le 21 Août 2010 à 17 00

Le Blog d'Anne-Marie Impe
samedi 21 août 2010
Miracle à Molenbeek
Un chapiteau entier secoué par les rires, l'émotion et des applaudissements à n'en pas finir, hier soir, à la pièce Sainte Fatima de Molem, avec Ben Hamidou. Si vous n'avez pas vu ce "seul en scène" drôle et titillant, présenté dans le cadre du Festival des Théâtres nomades et co-écrit avec Gennaro Pitisci, ne ratez pas une des représentations qui aura lieu à la Maison des Cultures et de la Cohésion sociale de Molenbeek ou au théâtre Varia, en novembre et décembre prochains (www.brocolitheatre.be). Quant au Festival des Théâtres nomades, installé dans le Parc royal de Bruxelles, il rencontre un succès visible et mérité. S'il fermera ses portes dimanche soir, il propose encore quantité de spectacles GRATUITS pour tous les âges au cours de ces deux journées qui s'annoncent ensoleillées. Hyper cool pour une balade en famille! (www.theatresnomades.be)
Publié par Anne-Marie Impe


Extrait de la Chronique de Paul Hermant - RTBF - Matin Première - 8/12/09.


(...)La France a besoin d'enterrer et de décorer. C'est comme ça. Et parfois c'est la même chose, il y a quelque jours, le président Sarkozy décernait la légion d'honneur à Dany Boon, vous savez, l'homme des Chtis. Il lui a dit : "Vous êtes fils d'un Kabyle, marié à une catholique picarde, d'un boxeur devenu chauffeur routier à Armentières. Bon, ça commençait pas terrible, il faut bien reconnaître les choses. (…) Puis il a enchaîné : "Vous aviez déjà choisi la fiction contre la réalité en préférant le nom de Dany Boon au très joli nom, le vrai, Daniel Hamidou. Bon, ça s'aggravait de plus en plus. Je peux me permettre, moi c'est Sarkozy. Mais Hamidou, quand même, allez faire une carrière avec ça. »
C'est précisément ce que fait Ben Hamidou, avec ça. Une carrière. Avec ce très joli nom-là, Hamidou. Ce comédien molenbeekois qu'on a vu dernièrement dans "Les Barons" propose ces jours-ci son premier one-man-show. Sur sa grand-mère kabyle débarquée dans les années 60 à Molenbeek : ça s'appelle "Sainte Fatima de Molem" et il faut y courir. Vous pensez que ça parle d'immigration mais en fait, ça répond à la célèbre question "comment peut-on être belge". Ah, Pascal, que vienne vite le débat sur l'identité postnationale. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.
"Sainte Fatima de Molem" de Ben Hamidou et Gennaro Pitisci est à voir jusqu'au 16 décembre à la maison des Cultures, rue de Berchem à Molenbeek.



FOYER 40 - OPINION - JOHAN LEMAN

Un très beau solo de Ben Hamidou, Molenbeekois de souche et toujours très attaché à sa commune. Un texte co-écrit par Gennaro Pitisci, également Molenbeekois quoi que d’origine italienne.
L’auteur nous parle de sa grand-mère. La pièce commence dans la maison du conteur, séparé de Clémence (avec qui - nous l’apprendrons plus tard - il était marié grâce à l’intervention de sa grand-mère, Sainte Fatima) et qui veille ce soir sur ces deux enfants, un garçon et une fille. Suite à un coup de téléphone il semblerait que Clémence sortira ce soir avec Hassan, un ancien copain du conteur.
Le conteur nous parle alors de son enfance avec sa grand-mère, une femme berbère issue d’un bled dans le Rif, avec les tatouages typiques de l’époque, sa vie à la maison et à l’école … et la place qui tenait sa grand-mère. C’est l’histoire d’un enfant et de sa grand-mère : l’histoire du très grand fossé entre les générations, fossé social et culturel, où l’enfant (le conteur) nous emmène à travers son imagination. La grand-mère et l’enfant conteur se retrouvent dans le monde des cow-boys : ils étaient les premiers cow-boys berbères des western-spaghetti.
Une formation à l’Académie de Bruxelles amènera le conteur à se détacher pour la première fois de Molenbeek (Molem) et de sa grand-mère : il atterrit de l’autre côté du canal. C’est durant sa formation que meurt sa grand-mère, enfin … elle est mourante et déjà on parle de sa mort lorsque soudainement elle se ressaisit : l’erreur médicale devient un miracle. Sa grand-mère revient dans le quartier et est acclamée sainte, guérisseuse, miraculée, Sainte Fatima de Molem. Les étudiants de l’Académie, à la recherche d’un sujet, en feront une pièce de théâtre. Ensuite, après de nombreux petits jobs en tant qu’animateur au club Méditerranée, le conteur reviendra à Bruxelles … pour la mort (véritable) de sa grand-mère, et il sera présent aussi lors de son enterrement dans son bled dans le Rif. C’est un très beau one-man-show. Le conteur est certainement éreinté à la fin de la pièce. L’effort demandé est énorme. Ce doit être épuisant. Mais Ben Hamidou est brillant. La pièce a aussi une véritable profondeur. Les écrivains ont été courageux dans leur critique de l’Islam, des religions en général, des propres traditions, des mythes concernant l’intégration, et pourtant ils demeurent à tous les coups respectueux des opinions de chacun … Après "Les Barons" voici une nouvelle explosion de la créativité artistique à Molem (Molenbeek-saint-Jean). Chaudement recommandé pour tous ceux qui veulent apprendre à mieux connaître Molenbeek et passer une agréable soirée.

Missing on en parle


http://www.mondequibouge.be/index.php/2009/03/missing-le-theatre-est-il-un-peche-a-saint-josse/

Sur le site du CBAI : Mélange des genres -Théâtre Brocoli
La mixité des genres dans l'espace public est un fait et un acquis, mais est-ce un fait acquis ? Par exemple, est-il possible aujourd'hui, pour des habitants d'un quartier fragile comme àSaint-Josse, de se réunir entre hommes et femmes dans le but de monter un spectacle théâtral? Une réponse avec Missing.
http://www.cbai.be/publications/numeros/269-270.html

DANS LE JOURNAL N°19 DE CULTURE & DEMOCRATIE
Missing – L’éblouissement culturel

Pour la première fois de ma vie, j'ai osé mettre ma photo sur mon CV, s’exclamait un jeune Africain, au lendemain de l’élection de Barack Obama. La scène se déroulait au Thé au Harem d’Archi Ahmed, un café-restaurant de Saint-Josse, lors d’une représentation
de la pièce Missing, mise en scène et produite par le Brocoli Théâtre.
Ce soir-là, nous, le public, avons vécu des moments de pure magie. Ce spectacle était en effet l’aboutissement d’un travail de près de trois ans, entrepris à l’initiative de cette petite commune bruxelloise, et mené à bien par une compagnie de théâtre-action, avec la participation active des habitants. Pas les habitués des salles de spectacle. Non. Des volontaires recrutés dans des cours de français pour immigrés. Issus des quatre coins du monde, une trentaine d’entre eux acceptèrent de jouer le jeu. Un réel défi lorsqu’on sait que cette pièce à inventer, écrire, monter, jouer avait pour thème les relations femmes-hommes. Dans un contexte culturel où la mixité reste taboue, les unes et les autres se réunirent séparément pendant trois mois. Chacun eut la parole. Et posa des questions à l’autre groupe par animateurs interposés. Rédigé par Gennaro Pitisci, le texte final de cette création collective évite les grands clichés, les prises de position à l’emporte-pièce et éduit par le sens de l’écoute dont il témoigne. Lorsque les répétitions théâtrales mixtes commencèrent, les pressions sociales se firent pesantes. Certains n’avaient pas dit à leur famille qu’ils participaient à la création d’un spectacle, laissant penser à leur entourage qu’ils se rendaient à leur cours de français. D’autres, surtout lorsqu’ils découvrirent la grande salle du théâtre Le Public, où devait se jouer la première de la pièce, eurent brusquement peur d’assumer une prise de parole en public. Tant et si bien que la trentaine de participants fondit comme glace sur la langue. Seuls deux d’entre eux restèrent jusqu’au bout. Les deux acteurs principaux, qui jouent tous les rôles de la pièce, soutenus par un choeur d’une vingtaine de personnes, représentant ceux qui s’éclipsèrent au fur et à mesure.
Deux figures inouïes : Meryem, une jeune femme turque, ne parlant pas le français, mais qui a parfaitement appris son texte et le restitue avec un charisme et une présence sur scène extraordinaires. Et Hamid, venu assister aux répétitions bracelet électronique au pied, et qui n’a fait part aux autres membres du groupe de son statut de prisonnier que le jour où on lui a enlevé son moderne boulet. Évoqué lors du spectacle, je pensais que cet épisode faisait partie de la fiction théâtrale. Mais non. Nous étions en plein dans la réalité.
Cette pièce, qui mêle avec brio le récit de l’atelier et la fiction collectivement inventée, n’est-elle pas une illustration quasi parfaite – emblématique – du droit à l’épanouissement culturel de tous les citoyens, à commencer par les plus défavorisés, fragilisés,marginalisés? Elle a en effet permis à des personnes n’ayant jamais mis le pied dans un théâtre, non seulement d’assister au spectacle, mais aussi pour certains d’y participer en tant qu’acteurs.
Missing illustre l’importance du dire et nous rappelle que tout ce qui paraît impossible à changer en ce monde peut être exprimé, revisité, transformé, souligne Gennaro Pitisci. Cette quête relève d’un engagement artistique et politique qui traduit notre fascination pour tout ce qui relie les hommes.

Anne-Marie Impe
Rédactrice en chef d’Enjeux internationaux

 

 Sous le titre " Théâtre action à Saint-Josse", Gennaro Pitisci livre ici le récit d'une aventure menée avec des habitants de Saint-Josse pour créer le spectacle "Missing" : une pièce de théâtre, sans doute, mais quel cirque !
Avec des textes de Ahmed Medhoune et Paul Hermant.
Ce texte, issu d’un atelier d’écriture réalisé avec le Brocoli Théâtre à Saint-Josse est publié aux Editions La Mesure du possible.

Format: 11,5 x 19cm / 100 pages
ISBN : 978-2-930441-18-4

Prix: 9.5 €

Vous pouvez commander ce livre en envoyant vos coordonnées par e-mail
au Brocoli Théâtre, brocoli@skynet.be et en versant la somme de 9,5 € par exemplaire
(frais de port gratuits pour la Belgique, + 2,1 € pour l’étranger)
sur le compte : 068-0814070-73 avec la mention "livre Missing"
(IBAN: BE27 0680 8140 7073 – BIC: GKCCBEBB)
Brocoli Théâtre – 6 rue du Canada -1190 Bruxelles. Belgique

ou aux éditions La Mesure du possible
http://www.lautresite.com
courrierlautresite@skynet.be

 

 
Les éditions la Mesure du Possible
Le livre « Gembloux, à la recherche de l’armée oubliée », est paru aux Editions la Mesure du Possible. Auteurs : Ben Hamidou, Nacer Nafti, Gennaro Pitisci et Sam Touzani, avec une préface de Laurent Ancion.
Format : 13 x19 cm – 100 pages - Prix public : 10 euros.
ISBN : 2-930441-03-8

Retrouvez les Editions la Mesure du Possible sur le site internet http://www.lautresite.com
ou contactez-les via courrierlautresite@skynet.be

Prix Sony Labou Tansi des Lycéens 2008
Les éditions la Mesure du Possible ont le plaisir de vous annoncer que le livre « Gembloux, à la recherche de l’armée oubliée » a remporté le Prix Sony Labou Tansi, le 29 avril 2008.
Décerné depuis 2003, ce prix organisé par le Pôle national Ressources Ecritures contemporaines francophones et théâtre, et la Maison des Auteurs du Limousin, est décerné par un comité de lecteurs lycéens représentant 400 élèves du Limousin, de la Drôme, de la Guadeloupe, de la Réunion et de Belgique.
http://laboutansi.crdp-limousin.fr/

Articles parus dans la presse

   « Gembloux » : des bateleurs humanistes
Gembloux un fait de guerre oublié de l’histoire belgo-marocaine.
Et un spectacle quadrilingue avec les formidables Sam Touzani et Ben Hamidou.
(…)Un régal, une bouffée d’intelligence, un croisement de savoir-faire qui vivifie l’atmosphère, en démontrant si besoin était que l’on parle tous la même langue, malgré les idiomes.(…)
Crier au monde la bêtise du monde.
La verve, l’humour, la bonhomie, la force des images simples, des compositions complices avec le public et des apartés, sont une formidable bouffée d’humanisme. Du bout d’un texte écrit à quatre (avec Nacer Nafti et Gennaro Pitisci) d’où sont bannis toute amertume ou esprit revanchard, toute idée de nationalisme, ils font d’un épisode tragique et d’une tranche de mémoire personnelle, une histoire universelle. Car le récit oublié de cette bataille inutile mais hautement symbolique, de ces morts passés à la trappe de l’histoire comme main-d’œuvre importée de sous-Français, est l’occasion de dire leur aversion de toute mainmise sur l’esprit et de toute récupération. " La guerre est très démocratique, elle concerne tout le monde, surtout les pauvres et les peu instruits. " La seule bataille qui vaille est celle pour l’intelligence contre toutes les formes d’obscurantisme. Jouant des accents, du ton INR et TSF pour les pages historiques, du franglarabe pour les traductions, du patois flamand, de l’accent wallon ou berbère, ils "crient au monde la bêtise du monde ", sans hausser le ton, mains ouvertes, cœur en écharpe, avec une économie dramaturgique de bateleurs qui rend leurs propos simplement bouleversants. Une illustration sonore, un geste, une dignité corporelle résume tout. La personnalité des deux interprètes fait merveille ; la mise en scène de Gennaro Pitisci, qui a le talent d’être bien là en se faisant oublier, la met en valeur. Tous deux ont ces qualités que l’on apprécie aussi chez l’humoriste algérien Fellag, ce sens du tragique avec le sourire navré de qui oppose le bon sens à l’absurde, la vie à la mort, l’amour à la haine.
L’Echo 26/02/2004 Extraits de l’article de Sophie Creuz.

"(…)Le spectacle créé samedi n’est pas un récit historique et larmoyant, mais une vraie histoire pleine d’émotion et même d’humour, placée entièrement dans l’oralité des griots. Avec une mise en scène toute en subtilité (ah, la séquence de Sam-Roi du Maroc chevauchant Ben-le peuple misérable !). Ce texte fort, vaut surtout par la grande qualité de conteurs des deux compères. Le public très varié le premier soir (le spectacle se donne en français dans un théâtre flamand, en présence de nombreux Marocains !) a de plus vibré d’émotion grâce à la présence samedi, de deux anciens tirailleurs venus de Bordeaux et qui ont témoigné de manière très émouvante de leur passé de "chair à canon " et de la misérable pension de 66 euros par mois que la France leur accorde en guise de reconnaissance. "
Guy Duplat – la Libre Belgique 24/02/04

Scènes N°2 - Juin 99. " Pour avoir prise sur le réel : le théâtre forum ". Rencontre avec Gennaro Pitisci. Propos recueillis par Régis Duqué.
Magazine semestriel des Arts de la scène, édité par la Maison du Spectacle - la Bellone bellone@ontonet.be
http://www.bellone.be

   Cassandre - sept.-oct. 2000 N°36-37. " Résistance en actes " article sur le théâtre-action rédigé par Gilles Bastogy.
cassandre@horschamp.com
http://www.les-petits-ruisseaux.com/cassan

   Alteréduc n°8, p204, janvier 2001, " Autour d'Oleanna ", un spectacle proposé dans 11 écoles par le Brocoli Théâtre, article rédigé par Nathalie Rasson. Présentation du spectacle " 3, 2, 1, coupez ! " Educamédia .

   Alteréduc n°21, p 526, "Evaluation du projet de spectacle-animation "Autour d'Oleanna" du Brocoli Théâtre" article rédigé par E. Cornille.
alter@alter.be
http://www.alter.be

   Les nouvelles du Théâtre La montagne magique n°31 -mars 2001 - article sur le projet Trans Europe Théâtre " Cendrillon s'est arrêtée à Grugliasco " écrit par Jean Lucke et Gennaro Pitisci, formateurs à La montagne magique.
Présentation du projet IRIDE
Montagne.magique@skynet.be http://www.brunette.brucity.be/lamontagne/nouvelles.htm

   Questions de théâtre - Le théâtre et les enseignants - Une initiation passionnante. Ouvrage édité par le Théâtre La montagne magique Mai 2001.
Diffusion : Editions Lansman
Lansman.promthea@gate71.be
http://www.gate71.be/~lansman

   Théâtre-éducation au-delà des frontières. Université d'automne 1999 : Praticiens et pédagogues du théâtre en France, en Grande-Bretagne et dans la Communauté Wallonie-Bruxelles.
Ouvrage édité par les Editions Lansman.
Lansman.promthea@gate71.be
http://www.gate71.be/~lansman

   Articles publiés lors de la présentation du spectacle " Droit d'entrer ", de l'Atelier théâtral de Sambreville, le 12/03/00 au Centre culturel Le Crac's - Auvelais.
   (…)" En présentant " Droit d'entrer ", les participants ont voulu d'abord aborder deux thèmes d'actualité, à savoir l'exclusion et la solidarité, faisant allusion à la situation déplorable des réfugiés."(…)
   (…)" Plusieurs personnes n'ont pas hésité à jouer le jeu et prendre la place des comédiens, l'espace d'un instant, afin de défendre leurs idées, parfois avec beaucoup de virulence et de conviction. "(…)
   (…) "Notons aussi, qu'outre l'espace d'expression offert au public, les organisateurs ont tenu à laisser une place de choix à ceux qui en autres temps, sont souvent contraints au silence. On ne peut dès lors qu'encourager une telle initiative axée sur la réflexion et la prise de position citoyenne. " Nouvelle Gazette 16/03/00 I. Laduron. " A la sortie, toutes les réactions étaient positives quant à la démarche utilisée. Beaucoup émettaient des regrets sur leur trop grande timidité, qui les avait empêchés de monter sur scène. Le Docteur De Biderling était de son côté favorablement étonné de la prestation d'ensemble. En effet, il avait eu l'occasion d'assister à quelques répétitions et il se plaisait à souligner combien le chemin parcouru était important. " Vers l'Avenir 17/03/00 T. Crucifix.